Le jeûne, une pratique en hausse

Historiquement, le jeûne est plus une tempérance qu’une privation totale de nourriture. «Lorsque le jeûne chrétien est institué en Orient, à la fin du IVe siècle, il s’agit de se contenter de pain sec et d’eau», détaille Olivier Bauer, théologien, spécialiste de la nourriture et professeur à l’UNIL. Au Moyen Age, poursuit-il, les Eglises catholique et orthodoxe ont défini le jeûne comme «l’absence de produits d’origine animale et sucrés». Il y avait plusieurs périodes de jeûne (carême, mais aussi Pentecôte, Noël) et l’année comptait 150 «jours maigres». Avec la Réforme, la pratique n’est pas systématisée: Luther appelait à s’en remettre «au bon vouloir de chacun». Selon Olivier Bauer, c’est moins du jeûne que Luther se méfiait que de son côté obligatoire et systématique.
Incarner un contre-exemple
Aujourd’hui, «la pratique du jeûne est en hausse. Elle demeure cependant minoritaire», estime le professeur, qui souligne que la démarche est mixte: dans notre société d’hyperabondance et de troubles écologiques profonds, jeûner est une manière d’incarner un contre-exemple. Au consumérisme, le jeûneur oppose l’ascétisme et la capacité à revenir à l’essentiel. Il rejoint en cela la conviction que la frugalité est une piste pour améliorer la santé de l’être humain, mais aussi celle de la Terre. 

Pour les Eglises, le jeûne du carême vise avant tout à favoriser le lien à Dieu. Parmi les personnes qui, en Suisse, rejoignent les Semaines de jeûne, la démarche relève tout autant de la spiritualité que du wellness. De fait, si 50% des jeûneurs sont des pratiquants, les autres ne sont pas nécessairement chrétiens. Cette année, 1200 personnes ont rejoint le mouvement, dont la moitié en Suisse romande. La plupart des jeûneurs ont entre 40 et 60 ans, mais, cette année, un groupe d’étudiants de l’Université de Berne a jeûné pour la première fois. «Leurs retours sur l’expérience ont été enthousiastes», rapporte Dorothea Loosli-Amstutz, coordinatrice pour la Suisse alémanique de la campagne «Jeûner ensemble 
au quotidien».

Samuel Socquet
Article paru le 26.03.2016 dans le quotidien 24 heures

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