Une semaine de jeûne pour se nettoyer, se retrouver ou se rapprocher de Dieu

A l’invitation des Eglises catholique et protestante, 600 personnes ont jeûné sept jours en Suisse romande. Reportage à la chapelle de Béthusy, à Lausanne.
En cette fin de carême, 17 compagnes et compagnons de jeûne, âgés de 26 à 81 ans, dégustent un quartier de pomme. Ils viennent de passer une semaine sans manger.
Isabelle Veillon, coanimatrice du groupe qui s’est retrouvé chaque soir à la chapelle de Béthusy, explique: «On cherche à sortir en douceur du jeûne. Pour permettre à notre organisme de retrouver ses fonctions digestives, qui ont été mises au repos pendant une semaine, les fruits sont l’aliment idéal.» Pour manger les fruits, il faut encore attendre demain. Ce soir, on se contentera d’un morceau de pomme. Le plateau circule, chacun se saisit d’un quartier. Puis le mastique lentement. Murmures de satisfaction, échanges de sourires. Certains ferment les yeux, comme pour mieux savourer ce retour à la mastication. Les sensations sont décuplées par cette semaine sans manger d’aliments solides.
600 jeûneurs
Les deux tiers du groupe avaient déjà jeûné plusieurs fois, mais, pour les autres, c’est une première expérience. Ces 11 femmes et six hommes ont répondu à l’invitation œcuménique «Jeûner ensemble au quotidien», proposée depuis 2002 pendant le temps du carême par les fondations Action de Carême (catholique) et Pain pour le prochain (protestante).
«La première année, nous étions une centaine», se souvient Harri Wettstein, initiateur de ces semaines de jeûne. Le nombre de participants n’a cessé de croître. «Cette année, 600 personnes se sont jointes à l’une des semaines de jeûne», estime Josette Theytaz, coordonnatrice pour la Suisse romande des semaines de jeûne, qui se sont déroulées du 7 février au 21 mars.
Jeûner en travaillant
La particularité de la formule est de proposer de jeûner sans rompre avec son quotidien, ni ses engagements. «Une activité professionnelle trop intense peut être un frein. Je me souviens d’un avocat qui devait assurer des plaidoiries pendant le jeûne. Il avait pu le faire, mais avait trouvé cela éprouvant. Pour bien vivre le jeûne, je conseille donc de réduire un peu son activité», avertit Roland Besse, coanimateur du groupe de Lutry.
L’expérience du jeûne est bien sûr physique, mais elle a aussi une dimension intérieure très forte. Pour accompagner ces deux dimensions, tous les groupes sont animés par deux personnes. L’une, en lien avec un médecin référent, est chargée des conseils d’ordre physiologique. L’autre prend en charge l’accompagnement spirituel. A la chapelle de Béthusy, c’est Pascal Veillon, pasteur retraité, qui a animé les retrouvailles quotidiennes des jeûneurs.
Jeûner en groupe
«Il y a une puissance dans le fait de jeûner en groupe. Cette dimension collective est un vrai soutien», témoigne le benjamin du groupe, qui préfère rester anonyme. Il jeûne pour la première fois. Non croyant, il est venu dans l’espoir de changer son rapport à la nourriture. Une autre participante jeûne pour se nettoyer et faire du bien à son corps. Marie-Thérèse Beboux, elle, attendait de cette semaine de privations «quelque chose de spirituel». Au sortir du jeûne, elle confie: «Quand j’ai accepté de lâcher prise, j’ai senti que je pouvais accueillir le Seigneur.»
La faim disparaît
Danielle Gruaz remarque pourtant que, «socialement, ce n’est pas très évident». Sur un plan intérieur, le jeûne la fait se sentir «à la fois petite et grande». Anne Descombes résume le vécu de plusieurs jeûneurs: «Une plus grande acceptation de soi, dans toute sa vulnérabilité.» Tous en témoignent, la sensation de faim disparaît au fil des jours, mais pas l’envie de manger! Chacun s’est senti plus disponible et plus sensible à l’autre. Le jeûne métamorphose donc la perception de soi et du monde, mais aussi celle du temps. Un jeûneur vit au ralenti. «Dans ma vie, j’essaie toujours d’en faire un peu plus. Là, je fais l’expérience d’un temps où je ne peux rien ajouter. Je n’ai plus aucune emprise sur lui», détaille Philippe de Vargas. De fait, cette pause de nourriture a aussi donné aux jeûneurs l’occasion de faire un tri parmi leurs activités, faute de pouvoir forcer leur corps. Pour les 17 jeûneurs, le plus difficile reste à faire: emporter dans leur quotidien un peu de cette conscience accrue.

Samuel Socquet
Article paru le 26.03.2016 dans le quotidien 24 heures

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