Une enfant face au surnaturel

Comment aider une enfant de 3 ans dont la copine de tous les jours est une autre petite fille… décédée ? Témoignage d’une médium.

Alors que Clara avait 3 ans, elle s’est mise à jouer avec une copine de son âge qu’elle était seule à voir, et qui disait s’appeler Clara elle aussi. Cette amitié avec un être invisible ne posait pas de problème à sa famille car ce lien, bien qu’étrange, ne générait ni peur ni angoisse chez leur fille. De fait, même les représentants de la psychiatrie la plus orthodoxe envisagent comme banal le phénomène des « compagnons imaginaires ». Jerome Singer, professeur émérite de psychologie à l’université Yale, a mené une étude auprès d’enfants âgés de 3 à 4 ans, et selon ses conclusions 65% d’entre eux ont un compagnon imaginaire.

Mais à partir du moment où leur fille s’est mise à percevoir d’autres êtres, qui lui faisaient peur, les parents de Clara se sont inquiétés. Ils ont fait appel à une médium, Coline Bouteau, qui vit dans un petit village de la Haute-Vienne.

«Des esprits perdus»

« Quand la famille de Clara s’est mise en relation avec moi, leur fille avait 3 ans, et en plus de sa petite copine invisible, elle disait voir des gens autour d’elle. Elle était terrorisée. Ses parents étaient très ouverts, contrairement aux grands-parents, qui pensaient que leur petite-fille était folle ou allait le devenir. A l’instant où sa mère m’a parlé, j’ai senti les présences autour de Clara, raconte la médium.
— C’était quoi, ces « présences » ?
— Des esprits perdus.
— C’est-à-dire ?
— Des esprits errants, donc des personnes décédées mais qui n’ont pas conscience de l’être. De ce fait, elles n’arrivent pas à passer de l’autre côté. Cela arrive fréquemment après une mort brutale, comme un accident.
— Comment se fait-il que seule Clara les voyait alors que ses parents, qui étaient à côté d’elle, ne voyaient rien ?
– Imaginez : vous marchez au milieu d’une foule, mais personne ne vous voit. Soudain, vous repérez quelqu’un qui vous a vu et qui vous entend. Qu’est-ce que vous faites ? Vous vous approchez de cette personne, tout content d’avoir été enfin reconnu. Les esprits sont dans cette situation. Habituellement, ils ne sont pas perçus par les vivants, du coup quand quelqu’un les voit ils peuvent se faire insistants. Pas forcément par méchanceté, mais par soulagement de pouvoir enfin entrer en contact avec quelqu’un. Clara a ce don de médiumnité, elle voit et entend les esprits. Comme j’ai la même perception, j’ai pu la guider un peu. »

«Elle les voyait comme des vivants»

A la question de savoir pourquoi la petite Clara était spécifiquement importunée par des esprits , « ils sentent qu’elle pourrait les aider à passer de l’autre côté, c’est pour ça qu’ils vont la voir. Sa petite copine aussi, était une petite fille décédée qui n’était pas passée », révéle Coline Bouteau.
– Si sa copine invisible était elle aussi un esprit errant, Clara n’aurait-elle pas dû avoir peur d’elle, comme elle avait peur de tous les autres esprits qui venaient la troubler ?
– Quand Clara-la-vivante a vu pour la première fois Clara-la-morte elle n’a pas vu un esprit, elle a vu une copine. Comprenez que Clara ne percevait pas les esprits errants qui s’approchaient d’elle comme étant des morts, puisqu’elle les voyait comme elle voyait les vivants. Quand c’étaient des adultes ils lui faisaient peur, mais avec Clara-la-morte, c’était différent : elles avaient le même âge. Clara-la-vivante s’en est tout de suite faite une copine. »

Coline Bouteau explique que dans ce travail-là elle a dû accompagner les deux Clara, la vivante et la morte.
– Avec Clara-la-morte, ça a été plus compliqué qu’avec des entités adultes car non seulement elle ne se percevait pas comme morte, mais en plus elle était décédée trop jeune pour savoir ce qu’était la mort : elle attendait de revoir son papa et sa maman (elle était partie à 3 ans, écrasée par la voiture de son père qui faisait une marche arrière). Il fallait donc d’abord essayer de lui faire comprendre la mort, c’est-à-dire lui faire franchir les étapes d’un développement dont elle n’avait pas eu le temps de son vivant… En général, une fois que les entités ont compris qu’elles sont mortes, elles partent en deux ou trois jours. Mais avec Clara-la-morte, ça a été très long car non seulement je devais lui faire prendre conscience de sa mort, mais en plus elle ne voulait pas quitter sa copine Clara. Elle avait peur de se retrouver seule. J’ai dû lui expliquer que ce n’était pas sa place de rester ici… J’ai mis plus de deux mois à la faire partir !
– Où est-elle partie ?
– Là où vont les autres défunts. Mais je ne les accompagne pas jusqu’au bout : je marche avec l’entité sur un long chemin, qui conduit à un tunnel. A l’entrée, je vois des mains qui voudraient m’attraper, qui appellent au secours, mais je sais que je dois me concentrer sur l’entité à côté de moi. On entre dans le tunnel, on avance peu à peu vers la lumière, une lumière chaude et intense. Quand cette lumière se transforme en amour, je sais que je ne peux pas aller plus loin. Quand j’étais avec Clara-la-morte, j’ai perçu une dame qui lui tendait les mains. Probablement quelqu’un de sa famille, décédée avant elle.
– Et l’accompagnement de la petite Clara, la vivante, comment s’est-il passé ?
– Elle m’en a beaucoup voulu : je lui avais enlevé sa compagne de jeu ! Elle ne voulait pas la laisser partir ! Mais mon rôle est d’aider les défunts à partir pour leur permettre d’aller vers leur avenir. Pas de les retenir parmi les vivants… Et puis, entre elles, les jeux commençaient à devenir malsains car Clara-la-morte faisait toutes sortes de choses extraordinaires pour impressionner la petite Clara, pour la garder comme copine – comme un enfant qui ramène des bonbons à l’école pour acheter l’amitié. Par exemple, elle faisait tourner sa tête dans tous les sens, alors la petite Clara voulait essayer de faire la même chose… Leurs jeux devenaient dangereux. Heureusement, Clara-la-morte n’a pas eu l’idée de posséder le corps de la petite Clara. J’ai dû expliquer à Clara-la-vivante que sa copine ne pouvait pas rester, qu’elle devait retrouver les gens qui l’aiment. A elle aussi, j’ai dû expliquer la mort ; je lui ai donné un livre qui explique la mort aux enfants. Quand elle a été prête, Clara-la-morte l’a été aussi : il fallait que j’accompagne les deux en même temps. Elles ont pu se dire au revoir.

Depuis cet épisode, Clara a grandi. Elle a 5 ans et voit toujours des gens autour d’elle, mais elle a un peu apprivoisé ces apparitions. Coline Bouteau continue de la voir de temps à autre, pour l’accompagner. « Je suis devenue très proche des parents, et j’ai avec Clara une connexion très forte. Elle sent que je ne la juge pas, et je suis devenue sa marraine. Je la rassure, je lui donne des conseils. Le plus important est de lui expliquer qu’elle ne peut pas être dérangée tout le temps. Il s’agit surtout de protéger cette petite. Cet été, la question s’est posée de savoir si elle voulait continuer de voir les entités, ou si elle souhaitait ne plus les voir. C’est elle qui a choisi de continuer à les percevoir. Elle a apprivoisé ces présences, et maintenant elle sait se protéger : elle a appris à se mettre dans sa bulle, et elle n’a plus peur des esprits. Je lui apprends à faire la différence entre les différents niveaux de réalité. »

Samuel Socquet

Article paru à l’automne 2014 dans Inexploré n°24

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